J’ai eu l’honneur de recevoir récemment un commentaire de Christine Priotto, Maire de Dieulefit, Vice-Présidente du Conseil général et Présidente des Châteaux de la Drôme. Cette élue sortante, qui joue sa réélection lors des élections cantonales de mars prochain face à Philippe Bérard, excellent candidat écologiste, dit ne pas comprendre l’attitude d’Europe Ecologie- les Verts (EELV), notamment vis à vis du Parti socialiste (PS).
Cette attitude est pourtant limpide et nous ne cessons de l’expliquer. Notez en passant que cela nous différencie du PS, dont on ne sait toujours pas pourquoi bon nombre de ses candidats décident de s’adjoindre des suppléants de droite. Cela témoigne-t-il d’un réel virement idéologique vers la droite ou simplement d’une manœuvre électorale de mauvais goût ?
Permettez-moi donc, de rappeler l’attitude d’EELV pour ces élections cantonales.
A priori, nous avons vocation à porter l’écologie politique, de manière indépendante, lors de toutes les élections.
Nous ne nous retrouvons pas dans le vieux clivage gauche-droite telle qu’il s’exprime actuellement en France (en tout cas tel que porté par le PS pour son versant gauche). Nous considérons que seule l’écologie politique est à même de renverser la droite conservatrice, autoritaire et néolibérale. C’est la seule à s’être vraiment dotée d’un logiciel répondant à la tripe crise économique, sociale et environnementale qui touche le pays, quand la vieille gauche est sans réponse (cela est vrai dans tous les pays d’Europe). Le PS ne parvient pas à dépasser un modèle idéologique complètement périmé, basé sur la croissance et la relance de la consommation, quand il ne court pas derrière la droite dans le domaine de la sécurité (j’ai vu que le PS s’est récemment positionné en faveur des caméras de surveillance) ou de l’écologie (hostilité à la taxe carbone).
Cela étant, nous considérons, par souci de responsabilité, que la droite française est nettement pire (je crois que la lecture de la presse nationale suffit à s’en convaincre) et qu’il est de notre devoir de participer à des majorités de gauche, dans la mesure du possible et de l’acceptation par le PS de certaines de nos revendications, sur la base d’un accord programmatique.
Pour les élections régionales et municipales, la question ne se pose pas, grâce au mode d’élection proportionnel (les électeurs ne votent pas pour un individu seulement, mais pour une liste, ce qui permet une représentation beaucoup plus juste des forces politiques). Nous sommes candidats dès que nous le pouvons, et négocions, dans l’entre-deux tours, les modalités de la majorité de gauche, avec tous les partenaires de la gauche, en termes de sièges et de programme. C’est ce que nous avons fait lors des municipales de 2008 et des régionales de 2010, permettant à la gauche de remporter une large victoire et aux écologistes d’être bien représentés dans les deux assemblées, pour le bien des politiques publiques (même si les choses ne sont pas toujours faciles…).
Pour les élections cantonales, les choses ne sont pas si simples. En effet, le mode de scrutin archaïque (les électeurs n’élisent qu’un individu à l’échelle du canton) renforce de manière très injuste les deux plus grands partis (c’est le cas aussi lors des élections présidentielles et législatives). Dès lors, jusqu’à présent, la présence d’élus écologistes au Conseil général passe par un accord préélectoral avec le PS. Accord portant sur le programme et sur les candidatures. C’est grâce à ce type d’accord, alors même que le PS nous avait réservé un canton réputé « ingagnable » par la gauche (le canton 1 de Valence), que les Verts ont fait leur entrée au Conseil général de la Drôme en 2008, avec l'élection de Michèle Rivasi, rapidement remplacée par Patrick Royannez, aujourd’hui Vice-Président du Conseil général, en charge de l’environnement.
Pour les élections cantonales de 2011, dès le mois de septembre, nous avons choisi de discuter avec les représentants départementaux du Parti socialiste, espérant que les expériences des élections européennes et régionales de 2009 et 2010 les aient convaincus du bien-fondé d’une éventuelle alliance électorale de premier tour. Au vu de nos résultats électoraux antérieurs (européennes de 2009 et régionales de 2010), nous souhaitions que le PS nous réserve 1/3 des cantons renouvelables, soit moins que ce que nos scores antérieurs, comparés à ceux du PS, nous permettaient d’espérer (pour rappel, nous avons fait lors de ces deux élections, à peu près jeu égal avec le PS dans la Drôme). La réponse du PS? Des cacahuètes! 3 cantons! Aucun des cantons dans lesquels nous avions des candidats bien implantés! En clair une fin de non recevoir.
Dont acte. Face à l’arrogance et à la suffisance du PS, nous avons donc décidé d’être présents dans tous les cantons. Objectif réussi ! Nous allons désormais faire campagne d’arrache -pied, pour remplacer les conseillers généraux de droite (comme c’est le cas dans mon canton de Valence 4), mais aussi, si les électeurs nous font confiance, contester aux conseillers généraux socialistes sortants (comme c’est le cas de Christine Priotto) leur monopole sur la gauche, en les remplaçant au Conseil général le cas échéant, surtout quand ils cumulent les mandats.
Les règles de maintien au second tour sont très claires. Il faut obtenir 12,5% des inscrits, ou arriver dans les deux premiers candidats du premier tour.
Il y a fort à parier, hélas, que très peu de candidats obtiendront cette fameuse barre des 12,5% des inscrits, de par la forte abstention qui devrait s’abattre sur un scrutin uniquement local lors duquel seule la moitié des cantons sont renouvelables. Dès lors, le principal espoir de figurer au second tour réside dans le fait d’arriver 2ème, ce qui me paraît tout à fait plausible dans plusieurs des cantons dans lesquels nous serons candidats.
Dans ce cas, nous nous maintiendrons, que l’autre candidat maintenu soit de droite ou de gauche. S’il est de droite, c’est tout à fait naturel, dans le sens où nous avons vocation à siéger dans la majorité de gauche au Conseil général. S’il est de gauche, nous estimons que c’est aux électeurs, et non aux partis, de décider quel est le candidat de gauche le mieux à même de représenter le canton dans les instances départementales. Cette situation s’est déjà produite dans le Canton 1 de Grenoble lors de laquelle Olivier Bertrand a battu le député sortant socialiste lors d’un second tour Verts-PS. Les socialistes l’ont alors accusé de tous les maux, de faire le jeu de la droite, voire même du Front national. Aujourd’hui, c’est lui qui se bat le plus, au sein de la majorité de gauche du Conseil général de l’Isère, pour que les politiques de solidarité (RSA, petite-enfance) soient maintenues, malgré les coupes budgétaires. Le désistement républicain – auquel Christine Priotto semble faire référence – ne s’applique que quand le maintien du deuxième candidat de gauche risque de faire passer la droite.
Enfin, en ce qui concerne Jean-Luc Benhamias, que j’ai bien connu puisque j’ai participé à sa campagne pour les Européennes de 2004, sa présence en suppléant de Christine Priotto m’amuse plus qu’autre chose. Après avoir quitté le bateau écologiste dans la tempête en 2007 (quand l’écologie politique ne se portait pas au plus haut), puis participé au désastre du Modem, échouant tristement, aux élections locales marseillaises, le voilà désormais obligé de remonter vers Dieulefit, en suppléant d’une candidate socialiste... C’est assez cocace.
Je ne doute pas que le choix de Christine Priotto ait été mûrement réfléchi. J’aimerais juste qu’elle détaille un peu sa réflexion.
J’espère que ces quelques lignes auront clarifié notre position.