"Il est temps de comprendre combien est fou le désir de vouloir aller vite quand on tourne en rond" cette phrase d'Albert Jacquard s'applique très bien au rallye Monte-Carlo.
Comme chaque année au mois de Janvier les course automobiles nous sont imposées : Paris-Dakar, Rallye Monte Carlo.
Dès demain à Valence, les moteurs des voitures de course vont vrombir sur le plateau de Lautagne, pour le « shake- down », la séance de mise au point.
Les écologistes ne peuvent pas rester sans rien dire sur l'impact négatif de ces courses sur le long terme.
Le sens de l'engagement des écologistes, et leur responsabilité, est de refuser d'assister passivement à l'épuisement des ressources naturelles, aux dérèglements climatiques, aux pollutions diverses avec leurs conséquences sur la santé et aussi à l'aggravation des inégalités sociales et économiques.
Nous pensons que les crises économiques, sociales et écologiques sont liées et qu'on ne pourra pas améliorer les conditions de vie de nos concitoyens sans traiter les trois causes.
A l'heure où le gouvernement entame un débat sur la transition énergétique, où l'agglomération travaille sur un Plan Climat Energie Territorial, où Valence s'affiche comme ville éco-citoyenne, ce rallye dans notre ville est la preuve de certaines incohérences des politiques. Ce n'est pas facile puisque cela plaît beaucoup. La popularité d'une manifestation ne doit pas être un argument pour des politiques responsables mais un déclencheur pour une réflexion en associant le plus grand nombre, en pesant les avantages et les inconvénients.
Les arguments pour un moratoire sur les courses automobiles dans un futur proche ne manquent pas et je vais faire
l'exercice de les rappeler :
De manière très concrète, l’organisation du rallye entraîne une série de nuisances pour les riverains, pour les habitants de Valence ou des zones par lesquelles passe le rallye.
Le bruit, la pollution de l'air, la vitesses des voitures .
Une nouvelle étude vient de sortir montrant la diminution de l'espérance de vie causée par la pollution de l'air. En tant que pédiatres nous le savons depuis longtemps mais rien vraiment ne change, on peut se demander ce que vaut la santé des enfants auprès de nos responsables ? L'augmentation des bronchiolites, de l'asthme, de l'hospitalisation chez les enfants ou les personnes fragiles ? Même si la pollution engendrée par les courses automobiles est une petite part de la pollution globale, maintenir les courses motorisées est une incohérence dans les décisions.
Sur le plateau de Lautagne, que notre majorité souhaite transformer en poumon vert de la ville, y accueillir les jardins familiaux, et développer une agriculture sans pesticides. Quel image donne-t-on à transformer le plateau en circuit automobile ? Même si c'est pour peu de temps.
Le passage du rallye dans des espaces naturels protégés, qui sont à la fois des réserves de biodiversité, et les éléments essentiels de l’attractivité de notre région : les parcs naturels du Vercors et de l’Ardèche. Comment faire comprendre aux citoyens l’importance de ces joyaux naturels, et les convaincre de les découvrir, quand on autorise la tenue d’un événement qui fait la part belle à des voitures de course pétaradantes, et aux pilotes dont le seul intérêt est d’atteindre les vitesses les plus élevées ?
Un autre point qui me gène énormément dans ce rallye est le fait qu’il soit financé indirectement par les collectivités territoriales (département, agglomération, ville). En période de restrictions budgétaires drastiques, où on a du mal pour maintenir les subventions aux associations, je trouve particulièrement scandaleux que des centaines de milliers d’euros d’argent public partent en fumée pour un tel événement qui ne profite qu’à une poignée de sportifs professionnels déjà richissimes, évadés fiscaux ( je crois savoir que Sébatien Loeb réside fiscalement en Suisse).
On est face au même problème en ce qui concerne la sécurité routière. En valorisant la vitesse, cause première de l’insécurité routière, ce rallye, anti-pédagogique et anachronique, est une apologie de la conduite à risques, alors même que les campagnes de sécurité routière portent sur le ralentissement de la vitesse une des premières causes d'accidentologie. Et de quoi avons nous l'air à Valence avec le 30 à l'heure en ville ?
Alors que les priorités devraient être données aux transports collectifs et aux modes de déplacement doux, ce rallye est révélateur de l’impasse politique que constitue la promotion de la voiture individuelle. Ne devrait-on pas plutôt promouvoir des sports et des activités qui ne sont pas polluantes? On pourrait par exemple penser à la tenue de manifestations autour de l’eau, sur le Rhône, ou de la montagne, dans le Vercors par exemple, faire de Valence une ville étape pour des randonnées pédestres, cyclistes, fluviales grâce à la richesse de notre patrimoine naturel.
C’est une question d’exemplarité. Les politiques ne sont pas crédibles quand ils demandent d’une main aux citoyens de limiter leur consommation, et autorisent, de l’autre, à des sportifs de les gaspiller au maximum, pour aller le plus vite.
Or, même s’il attire les grandes foules qu’annoncent les organisateurs, le rallye sera surtout ravageur pour les écosystèmes et ne créera pas d’emplois (sauf quelques missions temporaires). Il ne sera qu’une éphémère et bien discutable source d’attractivité pour Valence et il ne répondra en rien, bien évidemment, aux défis environnementaux du XXIème siècle.
C’est la raison pour laquelle je suis opposée à la tenue de ce rallye, qui doit se tenir ni dans notre département, ni ailleurs.
NB : En 1973 lors du premier choc pétrolier les courses automobiles avaient été suspendues